Du 12 février  au  9 juin 2014, le  Centre Pompidou consacre une exposition rétrospective au photographe Henri Cartier-Bresson. Pour illustrer l'annonce de cet évènement, rien de mieux qu'une photographie réalisée en Italie en 1933. Elle nous offre à voir dans l'amplitude d'une belle diagonale liquide baignée d'une lumière miroitante une Leonor Fini en baigneuse acéphale. Voici ce qu'en dit le romancier et cinéaste Gérard Mordillat dans le hors-série consacré par Le Nouvel Observateur et Beaux-Arts Magazine à cette exposition:

Hors série HC-B"C'est une femme sans tête que photographie Cartier-Bresson, une acéphale au corps gracieux, délié, au sexe glabre comme celui d'une enfant. S'offrant aux caresses du courant, ce corps se donne au regard du photographe. C'est une sirène que Cartier-Bresson photographie, une déesse marine surgie des profondeurs où les ondulations de l'eau soulignent les ondulations du corps.  La jambe droite de la femme est repliée et son pied s'appuie  sur son genou gauche,  formant une sorte de 4 renversé, une attidude qui évoque irrésistiblement un nu de Pierre Bonnard, L'indolente, peinte en 1899.(...)L'eau vive qui court sur le corps de la baigneuse nue renvoie aux reflets nuageux  qui baignent la toile de Bonnard. L'un et l'autre placent leur modèle sous un voile cristallin. Concession à la pudeur ou au contraire drapeau de l'impudeur que le regard fait voler? Ce corps sans tête évoque naturellement un autre nu acéphale : celui de L'Origine du monde de Courbet, dont certains s'obstinent aujourd'hui encore à vouloir remettre la tête sur les épaules! Pourtant chacun devrait savoir ce que savent la sagesse des nations, Courbet, ou Cartier-Bresson: l'amour fait perdre la tête..."

Il faudrait probablement ajouter à cette dernière réflexion qu'Eros ne va pas sans Thanatos et que la guerre peut aussi faire  chavirer les têtes comme le suggère à juste titre le remake d'Orlan intitulé L'Origine de la guerre

 

Henri Cartier-Bresson (1933), Leonor Fini