16 octobre 2014

The missing identity

J'ai découvert tout récemment l'univers photographique de Noé Sandas:

Noé Sendas The missign identityPhoto : Noé Sendas

Posté par Brahim Tankine à 09:32 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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07 juin 2014

Oui le Pharaon nique!

Une semaine faste côté élections en Egypte et en Syrie. Avec dans les deux cas des scores pharaoniques! Le dit maréchal 'Abdel Fattah al-Sissi a obtenu à l'image de son prédecesseur et après plusieurs prolongations significatives pratiquement 97% des voix. Son voisin syrien le talonne de près avec un score stalinien de l'ordre de 88%. No comment...

Pour la circonstance, ce poème de Nizar Qabbani intitulé "Dilemme"

 
Chaque fois que j’envisage de quitter le pouvoir,
ma conscience me l’interdit …
Qui, après moi, gouvernera ces braves gens ?
Qui, après moi, guérira le boiteux ?
Le lépreux ? 
L’aveugle ?
Qui ressuscitera les morts ?
Qui, de sa manche, tirera les rayons de lune ?
Qui enverra la pluie aux gens ?
Qui les punira avec quatre-vingt-dix coups de fouet ?
Qui les crucifiera sur les arbres ?
Qui leur imposera de vivre comme des bêtes ?
et de mourir comme des bêtes ?
Chaque fois que j’envisage de les quitter
mes larmes se déploient comme un nuage !
Je m’en remets alors à Dieu…
et je décide d’enfourcher le peuple
jusqu’au jour du jugement dernier !

Le-vote-pharaonique

Pour faire plus ample connaissance avec ce poète syrien, suivre ce lien en cliquant par ici

07 mai 2014

Les yeux des autres

Les yeux des autres

 

"Si l'on pouvait se voir avec les yeux des autres, on disparaîtrait sur-le-champ"
Emil Cioran, De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1296
 

25 février 2014

Un nu acéphale

Du 12 février  au  9 juin 2014, le  Centre Pompidou consacre une exposition rétrospective au photographe Henri Cartier-Bresson. Pour illustrer l'annonce de cet évènement, rien de mieux qu'une photographie réalisée en Italie en 1933. Elle nous offre à voir dans l'amplitude d'une belle diagonale liquide baignée d'une lumière miroitante une Leonor Fini en baigneuse acéphale. Voici ce qu'en dit le romancier et cinéaste Gérard Mordillat dans le hors-série consacré par Le Nouvel Observateur et Beaux-Arts Magazine à cette exposition:

Hors série HC-B"C'est une femme sans tête que photographie Cartier-Bresson, une acéphale au corps gracieux, délié, au sexe glabre comme celui d'une enfant. S'offrant aux caresses du courant, ce corps se donne au regard du photographe. C'est une sirène que Cartier-Bresson photographie, une déesse marine surgie des profondeurs où les ondulations de l'eau soulignent les ondulations du corps.  La jambe droite de la femme est repliée et son pied s'appuie  sur son genou gauche,  formant une sorte de 4 renversé, une attidude qui évoque irrésistiblement un nu de Pierre Bonnard, L'indolente, peinte en 1899.(...)L'eau vive qui court sur le corps de la baigneuse nue renvoie aux reflets nuageux  qui baignent la toile de Bonnard. L'un et l'autre placent leur modèle sous un voile cristallin. Concession à la pudeur ou au contraire drapeau de l'impudeur que le regard fait voler? Ce corps sans tête évoque naturellement un autre nu acéphale : celui de L'Origine du monde de Courbet, dont certains s'obstinent aujourd'hui encore à vouloir remettre la tête sur les épaules! Pourtant chacun devrait savoir ce que savent la sagesse des nations, Courbet, ou Cartier-Bresson: l'amour fait perdre la tête..."

Il faudrait probablement ajouter à cette dernière réflexion qu'Eros ne va pas sans Thanatos et que la guerre peut aussi faire  chavirer les têtes comme le suggère à juste titre le remake d'Orlan intitulé L'Origine de la guerre

 

Henri Cartier-Bresson (1933), Leonor Fini

 

28 janvier 2014

A force de faire le poirier, on finit par perdre la poire

 

L'image du jour entre particulièrement en résonance avec une série d'images que je viens de découvrir aujourd'hui même sur le blog Phototrend (merci Pastelle pour le lien!) . Il s'agit de photographies intitulées "Head Over Heels". Elles sont réalisées ou mises en scène par Patrice Letarnec

Faire le poirier P1160472

 

la série Head Over Heels (La tête sur les talons) du photographe français Patrice Letarnec. - See more at: http://phototrend.fr/2014/01/head-over-heels-une-serie-bizarre-de-patrice-letarnec-dans-les-rues-de-paris/#sthash.ylLqcAAk.dpuf
la série Head Over Heels (La tête sur les talons) du photographe français Patrice Letarnec. - See more at: http://phototrend.fr/2014/01/head-over-heels-une-serie-bizarre-de-patrice-letarnec-dans-les-rues-de-paris/#sthash.ylLqcAAk.dpuf
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26 janvier 2014

Les grands esprits se rencontrent

Du 15 janvier au 16 mars 2014, la Maison Européenne de la photographie de la ville de Paris expose le réalisateur David Lynch et ses quarante et troublantes Small stories en noir et blanc . L'image donnée en illustration ci-dessous ne va pas sans évoquer un tableau célèbre de René Magritte

David Lynch expo MEP

© David Lynch

11 janvier 2014

Le supporter déMASqué

Démasqué

 

Hier soir, j'ai eu le loisir de suivre l'émission Court-circuit sur Arte. J'ai été particulièrement intéressé par l'annonce du futur court métrage de Fred Joyeux : "L'homme qui avait perdu la tête". Pour visualiser cette bande annonce, cliquez ici

12 décembre 2013

La tête ailleurs

La tête ailleurs" (...) Il fallait bien avouer qu'il y avait de nombreux avantages à la disparition de la tête de papa : on ne l'entendait jamais crier même si on faisait une énorme bêtise.
Papa était toujours d'accord avec maman, il faisait des tas de choses pour elle. Évidemment, il n'avait plus de volonté puisqu'il n'avait plus de cerveau, maman ordonnait, papa obéissait.
C'était très pratique pour maman : papa était ravi de faire la cuisine, dressait joyeusement la table, adorait faire la vaisselle, passait l'aspirateur avec entrain.
Et quand il était fatigué, maman plongeait un entonnoir dans son cou et lui donnait de la viande hachée avec de la purée.
[...] maman trouvait extra d'avoir un mari sans tête parce qu'il ne ronflait plus au lit.(...)"

(Extrait de La tête ailleurs de André Bouchard et Quentin Blake, éditeur Circonflexe, 2008).

La tête ailleurs P1140123

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22 novembre 2013

PEINE CAPITAL

Peine Capital

En résonance avec l'intitulé de l'image du jour qui nous renvoie avant tout aux laissés pour compte du grand Capital, il y a le titre d'une publication récente (2013) de Julia Kristeva: " Visions Capitales. Arts et rituels de la décapitation". Voici la préface de ce livre :

Visions capitales Kristeva 2013

"Sommes-nous fatalement des esclaves de l’image ? Ce n’est pas sûr, répondent les philosophes, par métier incertains. Car l’image est potentiellement un espace de liberté : elle anéantit la contrainte de l’objet-modèle et lui substitue l’envol de la pensée, le vagabondage de l’imagination. J’ajoute, et c’est mon parti pris, que l’image est peut-être le seul lien qui nous reste avec le sacré : avec l’épouvante que provoquent la mort et le sacrifice, avec la sérénité qui découle du pacte d’identification entre sacrifié et sacrifiants, avec la joie de la représentation indissociable du sacrifice, sa seule traversée possible. Les pages qui suivent essaieront de montrer que certaines images et certains regards peuvent encore offrir aux humains que nous sommes, toujours davantage absorbés par la technique, une expérience du sacré. Quelles images ? Quel regard ? Quel sacré ?

Le sacré a partie liée avec le sacrifice. Les rites des têtes coupées révèlent l’inavouable fascination et l’envoûtement que le mystère religieux exerce sur les humains.

Quinze ans après l’exposition « Visions capitales » au Louvre (1998), et dont voici le catalogue, la décapitation est toujours pratiquée, nous rappelant à la réalité sociale et politique du monde dans lequel nous vivons. Qui n’a jamais vu ces intégristes terroristes, exhibant devant nos caméras médusées, comme de précieux trophées de guerre, les têtes tranchées de leurs innocentes victimes ? Homo sapiens qui est un Homo religiosus a toujours coupé les têtes : de la Mésopotamie aux Aztèques, en passant par le Caucase, mais aussi chez les Scythes, les Grecs et les Celtes, et jusqu’à l’« infâme insolence » des « tricoteuses » de la Terreur qui forçait, sous la Révolution, « tout un peuple à se salir les yeux ». Aujourd’hui encore, alors que les chaînes satellitaires font de nous les témoins impuissants de décapitations d’« otages » (du fondamentalisme ou du spectacle ?), la violence sacralisée se réinstalle sur la scène publique qui avait cru naïvement pouvoir s’en passer.

Pourtant, ces froides exhibitions du mal radical s’accompagnent, tout au long de l’histoire humaine, d’une étrange expérience imaginaire. Elle n’en efface pas l’abjection, mais se recueille, la réfléchit en gestes, en traces ou en couleurs, la transcende et nous en délivre. Ces visions capitales élucident massacres et rites sacrificiels, transposant  la violence insensée en objet de contemplation et de pensée. Loin du déni qui aveugle, et du seul jugement qui condamne, l’art des mortels côtoie le sacrifice, le désacralise et nous rend libres de le regarder en face : hideux ou sublime, parfois grotesque. Pour mieux l’éviter et le bannir, pour l’abolir.

La civilisation qui surgit de ces visions capitales est prisonnière du sacré, mais elle n’est pas prête à capituler devant le sacrifice, et encore moins à accepter ses perversions intégristes. Elle éveille en nous une résistance intime, profonde et lucide qui nous manque aujourd’hui face aux versions modernes du mal. Malheureusement, ni la toile de l’hyperconnexion accélérée, ni une gestion politique toujours plus inhibée ne semblent capables de la concevoir ou de l’insuffler.

 

4ème de couverture KristevaLes histoires dont il sera question ici sont cruelles. À travers elles, une humanité possédée par la pulsion de mort et terrorisée par le meurtre avoue, en définitive, qu’elle est arrivée à une découverte fragile et bouleversante : la seule résurrection possible serait… la représentation. Les décollations exposées en sont la preuve. Je vous invite à cheminer de leur violence à leur raffinement, pour conclure, en fin de parcours, qu’avec ou sans décapitation, toute vision n’est autre qu’une transsubstantiation capitale."